• • Seconde chance ~ Chapitre 4 ♪

    Il faisait nuit. Shirogane été en fait allé chercher un futon (qui se trouvait au labo pour les nuits où Keiichiro et lui suspectaient une attaque et restaient "en veille" près des ordinateurs), et l'avait installé dans sa chambre, presque contre son lit, de façon à ce qu'Ichigo puisse en descendre sans lui marcher dessus. Ses pieds étaient à peu près au niveau du pied du lit, et sa tête vers le mur faisant face à la fenêtre. En somme, dans le sens opposé à celui de la jeune fille.

    Ichigo avait attendu d'être sûre qu'il se soit endormi avant de bouger.  Il s'était couché plutôt tard - en tous cas, c'était ce que son horloge interne lui disait - et elle avait littéralement failli mourir d'ennui (en exagérant à peine). En l'entendant respirer plus fort, légèrement siffler même, par moment, elle supposa qu'il dormait bel et bien. Elle décida de commencer par aller aussi silencieusement que possible jusqu'à la salle de bain. Elle put enfin soulager sa vessie (elle se félicita intérieurement d'avoir tenu bon, eut un petit rire embarrassé puis fut heureuse que personne n'ait connaissance de cette pensée plutôt grotesque) et boire un peu d'eau, hydratant enfin les muqueuses de sa bouche et de sa gorge, remplissant par la même occasion légèrement son estomac qui était devenu de plus en plus douloureux au fil des heures. Elle fouilla ensuite le moindre recoin de la toute petite salle de bain, allant jusqu'à vérifier dans la corbeille à linge sale, mais ne trouva toujours aucune trace de ce qu'elle cherchait. Elle soupira.

    Elle aurait vraiment préféré que ce soit aussi simple; les deux seuls endroits où il pouvait être désormais étaient le labo (mais Keiichiro s'y trouvait peut-être, et si pas, le système de surveillance devait être activé et le moindre orteil posé par-delà la porte du sous-sol ferait retentir une alarme assourdissante dans tout le bâtiment), ou sur Shirogane.

    Elle n'hésita pas plus d'une seconde quant à l'ordre dans lequel procéder; elle allait d'abord vérifier s'il le portait sur lui en tentant de ne pas le réveiller, le labo lui semblant beaucoup plus risqué, sans parler du bordel qui y régnait et qui ne faciliterait pas ses recherches. Oui, il était clairement plus malin de commencer par fouiller le jeune homme, et de risquer de se rendre au labo uniquement si c'était vraiment nécessaire.

    Elle retourna dans la chambre, fermant doucement la porte de la salle de bain derrière elle et attendant d'entendre Shirogane respirer. Lorsqu'elle entendit le très léger ronflement emplir la pièce, elle relâcha son souffle - qu'elle n'avait pas remarqué qu'elle retenait - et se détendit un peu. Elle marcha doucement vers lui, faisant attention à ne pas faire le moindre bruit et à ne pas se cogner ou se prendre les pieds dans quoi que ce soit. Heureusement, la lune était pleine cette nuit, et donnait pile-poil sur la fenêtre de la chambre, illuminant la pièce d'une légère lumière blanchâtre. Arrivée à son niveau, elle s'agenouilla à côté de lui et tenta de rassembler son courage, les joues déjà cramoisies.

    Elle souleva très légèrement la fine couverture qui le recouvrait et la tira jusqu'à ses genoux, le faisant frissonner et pousser un petit grognement dans son sommeil. Elle retint son souffle, attendant de voir s'il se réveillait ou non, mais heureusement pour elle, jusque là, tout allait bien. Il portait un T-shirt blanc ou gris, et un short ou un caleçon assez ample, plus foncé - probablement noir, ou bleu marine. Elle rougit encore plus, et entreprit de tâter très doucement son possible short, à la recherche de poches. Étant donné la matière, c'était un caleçon, aussi put-elle très vite arrêter de chipoter inutilement par là, à son grand soulagement. Elle effleura son torse à la recherche d'une éventuelle poche sur son T-shirt, toujours sans résultat (mis à part des joues encore plus rouges). Elle se surprit néanmoins à apprécier passer le bout de ses doigts contre le tissu chaud, sentant la fermeté de ses muscles, sa cage thoracique se lever et se baisser de façon lente et régulière avec sa respiration, ainsi que les battements de son cœur.

    C'était étonnamment relaxant, et elle ne remarqua que lorsqu'il ouvrit ses grands yeux bleus qu'elle était en train de ronronner tout en caressant son T-shirt depuis - depuis combien de temps, d'ailleurs ? Elle resta figée quelques secondes, paniquée, avant de retirer sa main, qu'il attrapa au vol.

    - Qu'est-ce que tu fais ?

    Sa voix et son visage (qu'elle ne discernait pas très bien dans l'obscurité) endormis firent accélérer légèrement son cœur, des papillons s'invitant dans son estomac. Ça n'était pourtant pas le moment d'être impressionnée; qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir lui raconter ?!

    - Euh... Je... euh...

    Il la fixait sans cligner des yeux, presque comme s'il pensait qu'elle allait disparaître au moindre battement de paupières. Elle aurait vraiment adoré que ce soit possible... Il s'assit sur le matelas du futon, sans cesser de la regarder, et elle suivit son visage, désormais un peu plus haut que le sien. Les papillons dans son estomac s'agitèrent davantage.

    - Tu as besoin de quelque chose ?

    Son cœur rata un battement. Elle avala difficilement sa salive. Elle avait tellement envie de lui dire la vérité... Mais elle savait ce qu'il se passerait si elle le faisait. Il remarqua le conflit interne qui la secouait - sans savoir de quoi il s'agissait, bien entendu - et tenta de prendre une voix compatissante, même si ça n'était pas trop son fort.

    - Ça ne va pas, Ichigo ?

    - Je... Si... Ça va...

    - Qu'est-ce que tu fais par terre, alors ?

    - Euh... Je...

    Elle vit dans ses yeux que, la fatigue n'aidant probablement pas, sa patience arrivait plus ou moins à bout. Elle l'avait déjà vu un tas de fois dans son regard, et elle-même n'était pas spécialement patiente, donc elle connaissait bien ce sentiment d'énervement qui bouillonnait à l'intérieur et finissait par déborder en quelques secondes à peine. Habituellement, cela donnait lieu à des disputes mémorables et à des paris entre les autres membres du groupe, sur lequel des deux crierait le plus fort ou aurait le dernier mot, par exemple. Mais ce soir, elle ne pouvait pas laisser ça arriver. Elle fit simplement la première chose à laquelle son cerveau - pas toujours futé - put penser. Il écarquilla les yeux et se raidit, choqué. Il s'attendait à peu près à tout, venant d'elle...

    Sauf à ce qu'elle l'embrasse.

    Il ne savait pas quoi faire. En fait, il n'avait jamais embrassé personne, avant cet instant... Était-il censé "répondre à son baiser" ? Si oui, comment était-il supposé s'y prendre ? Et s'il faisait n'importe quoi ? S'il se rendait ridicule, il était sûr qu'elle ne se priverait pas pour le lui rappeler toute sa vie, à chaque fois qu'il tenterait de se moquer d'elle... Et puis, il l'aimait bien, c'était certain. Peut-être même un peu plus que "bien". Il la trouvait jolie et appréciait sa compagnie, même s'il ne le lui montrait pas forcément toujours. Elle était un peu idiote sur les bords, mais c'était quelque chose qui l'amusait beaucoup et qu'il appréciait chez elle... Cependant, était-il pour autant amoureux d'elle ? Il ne connaissait déjà pas grand-chose à l'amitié, mais alors à l'amour...

    Il jura intérieurement lorsqu'elle recula son visage, rompant le baiser, et qu'il remarqua qu'au lieu de profiter du moment ou de faire quelque chose - peu importe quoi, n'importe quoi - il avait simplement, comme à son habitude, tenté de penser, de rationaliser, d'évaluer les risques s'il agissait et ceux s'il n'agissait pas, ... Bref, il avait encore fait son Ryou. Elle était vraiment magnifique, éclairée ainsi par la lune, et cet air embarrassé sur son visage - ses yeux qui tentaient de le regarder mais le fuyaient, ses joues délicieusement rouges, la façon dont elle tentait de trouver un meilleur appui sur ses genoux, se trémoussant légèrement - lui allait à la perfection.

    Son cœur rata un battement lorsqu'il prit conscience qu'une fille comme elle venait tout juste de montrer de l'intérêt sentimental envers lui, qui n'avait pour lui que son cerveau (tout du moins le pensait-il), et toutes les questions qui avaient pollué son cerveau jusque là s'évaporèrent tandis qu'il se penchait à son tour vers elle, posant timidement ses lèvres contre les siennes. Elle parut, à son tour, un peu étonnée, mais se détendit assez rapidement, rendant le baiser un peu moins timide, un peu moins hésitant.

    Elle ferma les yeux, et il l'imita, appréciant cette fois pleinement la sensation de pur délice qui parcourait tout son corps alors que leurs lèvres dansaient et jouaient ensemble. Il aurait pu être tenté de comparer ce ressenti à un courant électrique, et de souligner l'ironie de cette comparaison avec la façon dont circulaient les signaux nerveux à travers le corps humain, mais il laissa bien vite ces pensées scientifiques de côté pour se concentrer sur ce qui importait à ce moment-là: la jeune fille qui était en train de s'approcher de lui et d'enrouler ses bras autour de son cou, le forçant à appuyer son dos contre le bord de son lit, donnant une dimension un rien plus fougueuse à l'étreinte de leurs bouches.

    Il remarqua avec un soulagement non-négligeable que, sans avoir à réfléchir, ses lèvres bougeaient instinctivement en harmonie avec les siennes. Elle laissa échapper par le nez une espèce de gémissement soupiré, qu'il interpréta comme une preuve qu'elle se sentait bien, le souffle chaud venant caresser doucement sa joue. Il se rendit compte que ses mains avaient trouvé d'elles-mêmes le chemin vers le dos d'Ichigo, qu'il caressait doucement, tandis qu'elle semblait prendre un malin plaisir à lui ébouriffer les cheveux en y passant encore et encore ses doigts emplis de tendresse.

    Il se demanda un instant s'il était possible de se sentir mieux que cela. Il était tellement détendu, appréciant la sensation de son cœur qui battait à tout rompre, l'odeur d'Ichigo qui l'enveloppait complètement et lui faisait tourner la tête, la sensation de la toucher, la sensation d'être touché par elle, tous les sentiments qui le submergeaient d'un seul coup alors qu'il ne les avait jamais ressentis ni n'avait ne serait-ce qu'eu connaissance de leur existence... Il se sentait tout simplement bien. Vraiment bien, pour la première fois depuis si longtemps...

    Elle finit par écarter son visage, et ils prirent simultanément une grande inspiration, réalisant seulement à l'instant que le souffle leur avait cruellement manqué. Elle lui caressait doucement la joue, haletante, son autre main posée négligemment contre le cœur du jeune homme. Il battait si vite, si fort... Il la regardait avec des yeux si doux. Si amoureux. S'il avait subsisté en elle la moindre interrogation quant à ses sentiments après cette séance de tendresse, ses yeux y donnaient très clairement toutes les réponses.

    Il leva une main en direction de la joue de la jeune fille, mais elle se recula vivement à la seconde où il la toucha, cessant par la même occasion tout contact physique avec lui. Il vit quelque chose passer dans ses yeux - de la culpabilité ? Possible. Après tout, elle était censée être en couple avec ce "Masaya" dont elle n'arrêtait pas de parler... Il avait envie de lui demander ce qu'elle comptait faire à son sujet. De savoir s'il pouvait espérer l'appeler un jour sa petite amie, ou si tout cela n'avait été, selon elle, qu'une grossière erreur - ce qui était tout l'opposé de son avis et lui déplairait fortement, mais il savait que c'était possible. Avant qu'il n'ait pu trouver une façon de lui poser la question, elle lui répondit de façon plutôt éloquente.

    - Je suis désolée...

    Elle se leva et quitta la pièce, le laissant seul. Il fixa pendant un long moment la porte qu'elle avait laissée entrouverte derrière son passage, sans bouger, l'esprit vide et le cœur serré.

    ---

    Elle avait descendu les escaliers aussi vite que possible, se fichant désormais de faire du bruit. Keiichiro, qui venait apparemment de se faire un thé dans la cuisine, l'interpella pour savoir ce qui la pressait tant, mais elle l'ignora et courut d'autant plus vite hors du café. Elle se rendit immédiatement compte que sa tenue - un short et un T-shirt de Shirogane, ni plus ni moins - n'était pas tout-à-fait adaptée au climat extérieur. Elle continua à courir jusqu'à ne plus entendre Akasaka crier son nom depuis les portes du café, et s'adossa au premier arbre qu'elle vit. Ses larmes avaient commencé à couler à l'instant où elle s'était levée, sans vouloir s'arrêter. Elle se laissa glisser le long du tronc et les laissa sortir librement, sanglotant aussi silencieusement que possible, et pourtant le parc complètement désert lui renvoyait l'écho de ses pleurs.

    Elle ignorait combien de temps avait passé. Elle s'en fichait. Elle avait fini par arrêter de pleurer, et se contentait de fixer la pelouse qui se trouvait devant ses pieds, enlaçant ses jambes contre elle, à la fois pour se consoler et pour se réchauffer. Elle reniflait par moment, quelques larmes trouvant toujours le chemin de ses yeux à ses joues, venant tremper encore un peu plus le col de son T-shirt où beaucoup d'autres avaient déjà terminé leur course. En un petit bruissement d'air, il se trouvait devant elle. Elle ne prit pas la peine de lever les yeux vers lui, et il aurait presque pu se demander si elle l'avait remarqué... s'il ne savait pas déjà qu'elle l'ignorait sciemment. Lui demander - enfin, ordonner - de trahir ses amis, la menacer de tuer n'importe lequel de ses proches si elle ne le faisait pas, ... ça n'était évidemment pas ce qu'il y avait de mieux à faire pour qu'elle l'apprécie. Mais son but actuel n'était pas qu'elle l'apprécie.

    Il lui tendit la main et elle daigna lever ses jolis yeux remplis de larmes et de mépris vers lui, uniquement pour froncer les sourcils et tourner vivement la tête, lui montrant cette fois ouvertement la haine qu'elle lui portait.

    - Je sais que tu es fâchée, chaton... Mais tu ne vas quand même pas rester ici, à trembler de froid toute la nuit ?

    - Et si j'en ai envie ?

    Cette remarque le fit sourire, même si le cœur n'y était pas vraiment. Il n'aimait pas la voir comme ça.

    - On sait tous les deux que tu n'en as pas envie.

    - J'ai ce que tu voulais. Mais je ne te le donnerai que si tu me libères.

    - Ça ne marche pas comme ça. Tu dois faire ce que je te dis de faire, c'est ce qu'on a convenu.

    Elle tourna son visage vers le sien, se mettant soudainement à hurler.

    - Et alors quoi ? Je suis censée être ton chien jusqu'à la fin de mes jours ?!

    - Tu es un chat, chaton.

    - On s'en fiche ! Jusqu'à quand est-ce que je vais devoir t'obéir ? Tu comptes vraiment menacer la vie de mes amis et de ma famille jusqu'à ma mort ?!

    Ce fut à son tour de détourner le regard. Il savait que ça n'était pas juste. Il savait qu'il lui faisait du mal. Il savait aussi bien qu'elle, même peut-être mieux, que quelque part dans cette ville, ses parents étaient morts d'inquiétude pour elle. Que ses amis s'inquiétaient également. Que sa relation avec le blondinet ne serait certainement plus jamais la même. Tout ça lui importait assez peu, à dire vrai, mais il savait que c'était important pour elle.

    Et il n'avait pas la réponse à sa question.

    Comprenant qu'il ne comptait pas - ou ne saurait pas, peu importe - lui répondre, elle se leva en poussant un soupir exaspéré. Elle croisa les bras, regarda ailleurs et le laissa la prendre dans ses bras, uniquement le temps de la téléportation.

    Aussitôt arrivés dans le vaisseau, elle l'avait repoussé loin d'elle et était partie dans "sa chambre", sans un mot ni un regard. Il la regarda partir au loin et serra les poings, se mordant la lèvre inférieure. Pourquoi fallait-il qu'il fasse tout de travers avec elle ? Il aurait tellement aimé pouvoir être gentil. Pouvoir ne pas la forcer à participer à son plan. Pouvoir éviter tout ce chantage. Mais peu importe à quel point il le voulait, tout ça était impossible. Il ne pouvait décemment pas faire passer ses sentiments pour elle avant la vie de tout son peuple, et ce plan était la seule façon qu'il avait trouvée pour que son peuple et Ichigo puissent vivre. Même si elle ne vivrait certainement pas avec lui... il fallait qu'elle vive.

    Fatigué de l'avoir surveillée continuellement durant les deux derniers jours, il se rendit dans sa chambre et s'endormit aussitôt que son corps eut heurté le matelas.

    ---

    Il fut réveillé en sursaut par un bruit de fracas infernal, et sans réfléchir, se dépêcha de suivre l'endroit d'où le bruit provenait. Il s'agissait de la petite salle faisant office de mini-laboratoire, où Ichigo était en train de très énergiquement casser tout ce qui était cassable. Il resta un instant à l'entrée de la pièce, la regardant se défouler et prenant la mesure de l'étendue des dégâts, dont il se fichait finalement pas mal. Il ne savait pas quoi dire ni quoi faire pour la calmer. Il avait l'impression que si le moindre son sortait de sa bouche, ça ne réussirait qu'à l'énerver encore plus. C'était d'ailleurs probablement plus qu'une simple impression... Il la regarda faire sans même qu'elle ne remarque sa présence pendant plusieurs minutes, se demandant comment réagir, jusqu'à ce qu'elle saisisse une boîte en particulier. Il se téléporta immédiatement derrière elle et lui prit le coffret  en bois des mains. Elle se retourna vers lui, son joli visage déformé par la colère.

    - Donne-moi ça !

    - Pas question, chaton. Si tu le casses, notre sortie des plus agréables dans les égouts n'aura servi à rien !

    Ha. La fameuse "sortie dans les égouts"...

    ---

    Elle s'était brutalement reculée, ne s'attendant vraiment pas à ce qu'il l'embrasse, et avait failli tomber en arrière. Il l'avait rattrapée et serrée dans ses bras, "pour qu'elle ne perde plus l'équilibre", avait-il ajouté en riant. Cela l'avait mise hors d'elle, et tandis qu'elle se débattait et s'apprêtait à l'insulter et à le menacer pour qu'il la lâche, levant les poings pour frapper son torse de tout sa (petite) force, elle remarqua que ses mains étaient entouré d'un halo lumineux bleuté. En regardant mieux, elle remarqua que c'était même le cas de tout son corps. Elle leva des yeux intrigués et apeurés vers lui, et il se contenta de lui sourire.

    - C'est normal. C'est pour ça qu'on est ici.

    - Attends, tu... Tu m'as amenée ici pour me montrer que je deviens fluorescente quand tu m'embrasses ? Tu ne pouvais pas choisir un endroit sombre un peu plus romantique, au moins ?!

    Il se contenta de rire. Elle ne trouvait pas ça drôle. Elle ne comprenait pas, et ça l'énervait. Tout à coup, le tunnel s'illumina d'une lueur bleutée, exactement comme son corps. Kisshu la lâcha enfin et elle se retourna, faisant face à une sorte de boule de lumière bleue qui flottait à peu près à la hauteur de sa poitrine, à un mètre d'elle environ. Elle se trouva étonnamment captivée par sa lueur. C'était comme si l'intérieur de la sphère était liquide, sa lumière dansant doucement, comme de l'eau à l'intérieur d'une bouteille qu'on viendrait de secouer. Elle tendit la main vers la boule de lumière, et Kisshu la stoppa, attrapant son avant-bras et la tirant de sa rêverie. Elle regarda immédiatement dans sa direction, interloquée.

    - Évite de le toucher.

    - Qu'est-ce que c'est ?

    - On appelle ça un cristal d'eau bleue. Pour faire court, c'est une eau extrêmement pure, qui se trouvait sur Terre au commencement du développement des premières formes de vie. Elle s'est cristallisée et a donc pu garder les propriétés miraculeuse qu'elle avait à l'époque.

    - Oh...

    Elle ne comprenait pas vraiment et ne voyait pas à quoi ça pouvait bien servir, mais ça lui était égal pour le moment. Elle reporta son regard vers le cristal, captivée par sa beauté. Il saisit la petite sphère, et elle lui lança un regard mécontent.

    - Tu m'as dit de ne pas la toucher, non ?

    - Toi, tu ne peux pas la toucher, mais moi, je peux.

    - Pourquoi ?!

    Il ne put s'empêcher de rire en voyant à quel point elle se fâchait pour si peu.

    - Parce que toi, chaton, tu as un cœur extrêmement pur, qui attire cette petite chose-là. Si tu la touchais, ton cœur l'accueillerait, et je ne pourrais plus l'atteindre, et donc plus l'utiliser. Or, j'ai besoin de pouvoir l'utiliser. Tu comprends ?

    Elle hocha vaguement la tête, ne cherchant pas vraiment à comprendre, les joues légèrement rosées à cause de la mention de son "cœur pur"... Kisshu était peut-être un alien pervers et plutôt rustre par moment, mais il savait aussi la faire se sentir spéciale, et c'était quelque chose qu'elle ne dépréciait pas complètement chez lui.

    ---

    Ichigo sourit méchamment, et il grimaça pendant une fraction de seconde, se disant que ça ne lui allait pas du tout.

    - C'est donc là que tu le cachais ! Je crois me souvenir que tu ne voulais pas que je le touche, pas vrai ?

    Un éclair passa dans ses yeux dorés et son ton se durcit.

    - Ne pense même pas à retrouver cette boîte et à le toucher juste pour m'ennuyer, Ichigo. C'est très sérieux, ce n'est pas un jouet.

    Elle fut très légèrement décontenancée par le fait qu'il l'appelle par son prénom - elle avait remarqué qu'il ne le faisait que quand il était vraiment, vraiment sérieux, ce qui lui faisait toujours un peu peur - mais garda les idées claires... enfin, aussi claires qu'elles ne l'étaient avant qu'il ne l'appelle pas son prénom, en tous cas. Elle recula, quelques débris craquant sous ses pieds, et ramassa un assez gros morceau de verre brisé qu'elle porta à son cou. Il écarquilla les yeux.

    - Qu'est-ce que tu fais ?

    Ses jolis yeux roses devinrent humides, et sa voix se mit à trembler.

    - J'en ai assez ! Je n'ai aucune envie de devoir obéir à tes ordres jusqu'à la fin de ma vie, ni de devoir faire encore du mal à mes amis ! Je ne veux plus que tu te serves de moi pour faire je ne sais quoi avec ce cristal machin-chouette ! Et puisque tu ne sembles pas décidé à me laisser tranquille, il ne me reste plus qu'à faire en sorte que ça arrive !

    Il était abasourdi. Il savait qu'elle n'était pas heureuse de sa situation actuelle, mais de là à... Elle resserra sa prise sur le morceau de verre et un léger filet rouge partant de l'intérieur de sa main glissa sur son poignet, jusqu'à son coude, avant de goutter par terre. Elle ferma les yeux aussi fort que possible, le verre traçant une légère trace rouge sur le côté de son cou, et il attrapa instinctivement son poignet, le serrant fort, tellement fort qu'elle en lâcha immédiatement son arme improvisée. Elle rouvrit les yeux, énervée, prête à lui crier dessus, mais il la devança, encore plus en colère qu'elle.

    - Tu es folle ? Tu crois sérieusement que je vais te laisser mourir, après tout ce que j'ai fait pour que tu puisses vivre ?!

    Elle recula d'un pas, effrayée, son poignet toujours écrasé par la main de Kisshu. Elle réalisa à cet instant qu'elle ne l'avait jamais vu énervé, et que même s'il l'impressionnait toujours lors des combats, de par ses pouvoirs et sa force surnaturels, il ne lui avait jamais vraiment fait peur jusque là. Elle tenta cependant de ne pas se démonter.

    - Qu... Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu es censé nous tuer depuis le début, et je ne compte plus le nombre de fois où tu as failli le faire !

    - Oui, justement; failli ! Est-ce que tu comptes le nombre de fois où je t'ai volontairement laissée en vie ?

    Elle fronça les sourcils, contrariée; elle avait beau réfléchir, elle n'arrivait pas à se souvenir de ce genre de moments... Évidemment, il y avait les fois où il avait préféré flirter avec elle plutôt que de la combattre, mais est-ce que ça comptait vraiment ? Il se mordit la langue en réalisant que la plupart de ces moments dont il était en train de parler n'étaient pas encore arrivés, pour elle. En fait, à ce moment de la bataille, ils ne s'étaient pas encore vus si souvent que ça... Et il se souvenait très clairement du moment où elle avait commencé à lui plaire. C'était un peu plus tard que le moment où il était revenu dans le temps, lors du combat sous le cerisier. Il n'avait donc techniquement pas encore commencé à la protéger... Ou en tous cas, pas consciemment. Cependant, voyant qu'elle était troublée par cette déclaration, que ça pouvait fonctionner, il décida de continuer sur cette lancée. Après tout, même si ça n'était pas arrivé dans cette timeline, c'était réellement arrivé, pour lui. Il prit une grande inspiration et expira lentement, tentant de se détendre, de calmer son cœur qui avait failli s'arrêter en la voyant prendre ce bout de verre, et fit son possible pour adoucir sa voix et son visage avant de reprendre.

    - Je sais que ça peut sembler complètement bizarre et stupide, et je sais que tu ne vas probablement pas me croire, mais si je fais tout ça, c'est pour toi, Ichigo...

    Ses sourcils se froncèrent davantage, ses pupilles félines rétractées en deux fins traits menaçants, sa voix rendue presque rauque par la rage.

    - Effectivement, c'est stupide, et je ne te crois pas. Tu me fais faire du mal à mes amis, tu m'obliges à vivre ici, loin des gens que j'aime et avec toi, et tu le fais "pour moi" ?

    Un petit rire sarcastique empli de mépris échappa à ses jolies lèvres. Il soupira.

    - Je sais... Mais... C'est la seule façon que j'ai trouvée pour ne pas te tuer. Ni toi, ni tes amis. Si ce plan arrive à son terme, personne n'aura à mourir...

    Elle leva les yeux au ciel, exaspérée.

    - Tu n'arrêtes pas de répéter ça, mais tu ne m'as toujours pas parlé de ce fameux plan dont tu es si fier ! Comment je suis censée te croire ou comprendre où tu veux en venir dans ces conditions ?!

    Il plongea son regard dans le sien, et ni l'un ni l'autre ne bronchèrent pendant un long moment. Elle gardait une attitude mi-défensive, mi-menaçante - bien qu'elle soit évidemment loin d'effrayer Kisshu, qui trouvait ça plus adorable qu'autre chose. Il aimait cette assurance qu'elle arborait malgré sa faiblesse et sa fragilité. Après de longues minutes, il finit par soupirer, levant les mains, s'avouant vaincu.

    - Très bien. Je vais te dire en quoi il consiste...

    • Seconde chance ~ Chapitre 4 ♪

    Voilà le chapitre 4 ! L'histoire progresse petit à petit ! :3

    J'espère que les petits "sauts temporels" ne vous perturbent pas trop...
    J'me suis dit que c'était une façon d'écrire plutôt adaptée au thème de cette fiction, héhé ♪

    Désolée à ceux qui n'aiment pas trop la narration;
    faut dire que dans la partie avec Ryou, les bouches des persos étaient un peu... occupées. :p

    Vous attendiez-vous à tout ça ? Des choses vous ont-elles surpris ? Soulagées que Kisshu ne soit pas réellement mort, ou peut-être déçues que ça ne tourne pas en RxI (pour l'instant en tous cas; après, on sait jamais...) ?

    Quelle est cette fameuse chose qu'Ichigo a volé à Ryou lors de leur... petit câlin ? :D

    Et surtout: quel est ce foutu plan dont Kisshu n'arrête pas de parler depuis le prologue, bon sang ?! °^°

    La réponse (peut-être ?) dans le prochain chapitre~

    N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé,
    et à me faire part de vos hypothèses ♥


  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Mai à 13:21

    c'est trop bien, j'ai hate de lire la suite ! Mais je comprend si tu a autre chose à faire, donc, prend tout ton temps, ça ne me dérangera pas. cool

     

    2
    Lundi 29 Mai à 04:58

    Salut ! ^^ Je viens de finir ce chapitre et qu'est ce que je peux en dire ? 

    Effectivement je m'attendais a ce qu'Ichigo soit "en mission" mais je penser qu'elle aller sortir une phrase débile au lieux d'embrasser Ryo mais voilà... ^^' 

    Au passage toute cette partie est vraiment bien écrite j'avait presque l'impression que c'étais moi qui le fouiller... - -' 

    Sinon je ne sais pas, quand tu écrit j'ai tendance a préférer le IxR plutôt que le IxK, les deux sont bien mais évidement il y as quelques chose de différant et j'ai mes petites prèférance du moins pour le moment c'est comme ça. 

    J'ai aussi noté que celons tes histoires (par apport a "triangle amoureux" en l'ocurance (connais pas son vrai nom :p)) il n'y as que la chambre de Ryo de dispo pour elle alors que dans l'autre récit il y avait une salle de repos... Après tout c'est normal, je pense, ce n'est pas la même histoire mais du coup c'était juste pour être sur que cette pièce n'existe pas dans cette version ou alors si il y a une raison particulière a ce qu'elle ne soit pas aller là-bas ? (appart pour le déroulement du début de ce chapitre bien sur) 

    Bref, j'attend la suite. ^^ A plus ! 

    3
    Lundi 29 Mai à 07:51

    Coucou ! Merci pour ton commentaire bien détaillé, je les aime beaucoup comme ça :D

    La salle de repos c'est en fait normalement destinée aux employés en pause, donc elle n'est pas forcément l'endroit le plus tranquille lors des horaires d'ouverture du café (qui n'était pas ouvert dans le one-shot auquel tu fais référence puisqu'ils revenaient du combat contre Deep Blue) ^^ Et puis l'idée c'est aussi de s'assurer qu'elle va bien donc au cas où ça ne serait pas le cas, c'est mieux que quelqu'un soit tout près. En l'occurrence Ryou s'est dévoué :p

    Ça n'était vraiment pas "pour le bon déroulement du chapitre" parce que ça m'aurait plus arrangée de devoir la faire entrer discrètement dans la chambre en fait... :) 

    Voilà voilà, après je pense que c'est normal de préférer le RxI jusque là puisqu'entre Kisshu et Ichigo les choses sont tendues et donc assez lourdes... 



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